la semaine dernière je faisais mes courses dans un supermarché, dont je ne peux citer le nom, mais vous aurez tout compris lorsque je vous aurais dit qu'il porte le nom d'un croisement de deux voies...
bref, je déchargeai les articles de mon chariot pour les poser sur le tapis roulant, quand une dame, et qu'elle n'a pas été ma surprise, prend un de mes articles en main, chausse ses lunettes, et l'inspecte !
Je la regarde plus ou moins de travers, mais elle : « je ne savais pas qu'ils en faisaient du comme ça ! » Et m'affichant un large sourire, elle repose l'objet de convoitises sur le tapis. j'ai continué à la fustiger du regard, sans lui adresser le moindre mot. Je le sais, j'ai eu tort. Après tout, je n'étais pas encore passé en caisse, et cet article ne m'appartenait pas vraiment. c'est un phénomène social, cet esprit d'appartenance qui laisse de moins en moins de marge aux autres. Ces barrières et ces armures qui ne soufrent pour l'autre d'aucune liberté d'action... Je m'en suis voulu. Et comme il y a une justice, voici que la caissière numéro 34,s'empare elle aussi de l'objet, et commence à lire l'étiquette...
«oh ! du sucre à la barbe à papa ? C'est nouveau ? »
« Non, j'en ai acheté la semaine dernière ! » J'affichai déjà mon plus beau sourire. Et comme il fallait que je me rachète, je hausse la voix, afin que la première « fustigée » puisse entendre.
« C'est pour faire des pommes d'amour ! »
« Et comment il fait ça, le monsieur ? » Me lança-t-elle du haut de son tabouret.
Car nous y voilà enfin, l'objet de toutes les convoitises n'était autre qu'un paquet de sucre rose à la barbe à papa !
je leur expliquais qu'en faisant fondre le sucre en obtenait un caramel, et qu'il suffisait d'y plonger des pommes piquées d'une baguette...je précise ici, d'une baguette, car la première cliente me demanda si un pic à brochettes pouvait faire l'affaire.
J'étais désolé d'être, une fois de plus, désagréable à l'encontre de cette quinquagénaire, mais non - un pic à brochette ne peut pas faire l'affaire - trop fragile !
« Eh bien, je sais ce que je vais faire ce soir ! » Me dit la caissière en lâchant enfin le sucre.
«Au revoir Mesdames, bonne fin de soirée» termina cet entretien. J'avais l'impression de m'être racheté.
En rentrant chez moi, je mis le sucre dans la casserole. Je lavais mes pommes, et je ratai mon caramel...les pommes d'amour finirent à la poubelle.
c'est comme ça, le caramel ne souffre d'aucun écart ! Quelques secondes de trop, un manque d'attention...
Il en va ainsi de la vie de tous les jours. J'espère simplement, qu'elles auront réussi leurs pommes d'amour.
Ne pensez-vous pas que l'esprit de propriété nous rend différent ?